Les transferts de fonds des migrants : la clé de l’adoption du Bitcoin (BTC) au Salvador ?

Avec Haïti, le Salvador serait un des pays du monde fortement dépendant des transferts des migrants. Selon les dernières données de la Banque Mondiale, la valeur de ces transferts de fonds représentaient environ 25% du PIB du pays en 2020. Le montant moyen d’un transfert est de 195 dollars et les bénéficiaires constituent 70% de la population.

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Le président salvadorien, Nayib Bukele, avait fait de la réduction des frais de transferts un des fers de lance de sa stratégie d’adoption du Bitcoin. Il avait déclaré que les Salvadoriens dépensent près de 400 millions de dollars par an pour ces envois de fonds et l’utilisation de Bitcoin pourrait considérablement réduire ces frais.

Les données relatives aux transferts des migrants et les avantages et/ou inconvénients apportés par Bitcoin sur ceux-ci seront sans aucun doute examinés à la loupe par les décideurs et les analystes. En effet, même si d’autres facteurs contribueront au succès de l’adoption du Bitcoin au Salvador, un des plus importants sera l’impact de la première cryptomonnaie du marché dans l’exécution de ces opérations de transferts.

Transferts de fonds des migrants en PIB, source : Banque Mondiale

La mise en place de l’infrastructure nécessaire pour assurer ces transactions

« Les envois de fonds sont un domaine où le statu quo de notre système financier traditionnel est terrible, avec des frais extraordinairement élevés imposés à des populations qui peuvent difficilement se les permettre », a déclaré Matt Hougan, directeur des investissements de Bitwise Asset Management, à CNBC. « C’est une expression très utilisée sur Twitter, mais le Bitcoin permettrait vraiment de résoudre ce problème ».

Pour faciliter l’exécution des transactions, 200 distributeurs automatiques ont été installés dans tout le pays et une cinquantaine dans une dizaine de villes américaines, des endroits où la réglementation locale autorise ce type de machines. Grâce à ces ATM et le portefeuille dédié Chivo, les frais de transferts seront gratuits.

Les risques liés à l’utilisation de Bitcoin

Néanmoins, cette dynamique autour des transferts de fonds n’est pas exempte de risques. En effet, il est très probable que les utilisateurs choisissent de recevoir leurs bitcoins en dollars. Le gouvernement sera l’acheteur par défaut des bitcoins vendus sur le marché et a mis en place un fonds d’une valeur de 150 millions de dollars, un des outils les plus importants de la mise en œuvre de la politique d’adoption du Bitcoin. Ce fonds est destiné à appuyer l’exécution des transactions, en particulier la conversion en dollars.

Dans le cas où les fonds disponibles seraient insuffisants, que se passera-t-il ? Pour mettre les choses en perspective, le Salvador a reçu 623 millions de dollars de transferts de fonds en juin 2021. La valeur du fonds représente un peu moins d’¼ du montant des transferts pour un mois.

Le gouvernement du Salvador devra alors suspendre la promesse garantie de convertir les BTC reçus en fiat ou trouver plus d’argent pour financer le trust. D’un côté, le non-respect de cette promesse porterait un énorme coup dans la confiance du public dans le gouvernement. De l’autre, trouver de nouveaux financements impliquerait probablement de contracter des prêts à l’échelle internationale, une option difficile à mettre en œuvre pour le pays.

Il s’agit d’un scénario extrême et bien sûr, il est fort possible que la demande organique pour Bitcoin soit plus importante que celle du dollar américain.

L’adoption de cette législation est un moment véritablement historique et offre un énorme potentiel pour améliorer les conditions financières des citoyens du Salvador. Mais elle a également un potentiel pour échouer dans ces objectifs, ce qui pourrait nuire non seulement aux Salvadoriens mais aussi au Bitcoin. Il est important de le rappeler autour de la frénésie optimiste qui a entouré cet événement.

Alors que les détracteurs de Bukele et du Bitcoin continuent d’organiser des manifestations contre le président, celui-ci multiplie les interventions sur Twitter pour apaiser les craintes de la population. L’avenir politique de Bukele se décidera probablement avec le succès ou l’échec de cette politique.

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