Finance décentralisée : la crypto nouvelle génération

Finance décentralisée : la crypto nouvelle génération

Source : Adobe

Ce texte est signé par Manuel Valente, Directeur Analyses et Recherche chez Coinhouse.

Bitcoin, une révolution aux usages limités

Lorsque vous détenez un bitcoin, vos possibilités sont limitées : vous pouvez le stocker, l’envoyer ou le recevoir. Bien entendu, ces opérations sont réalisées à travers un réseau décentralisé et innovant, mais les usages restent malgré tout basiques. Les puristes pourront affirmer qu’il est possible de réaliser des opérations plus complexes comme de la multi-signature ou des transactions différées, mais ces usages sont peu répandus.

La mise à jour Taproot pourrait ouvrir de nouvelles perspectives, mais n’a pas encore fait ses preuves.

Du point de vue investissement, le tableau est semblable : essayer d’acheter au plus bas et de revendre au plus haut résume à peu près ce qu’on peut faire avec Bitcoin. Il existe des plateformes où l’on peut prêter ses bitcoins, mais elles sont toutes centralisées : le protocole lui-même ne permet pas autre chose que les simples transactions.

Pendant longtemps, l’ensemble du marché a d’ailleurs suivi cette tendance. Mis à part quelques exceptions, les actifs disponibles ne se distinguaient que par leur usage, et non par leurs fonctionnalités.

Ethereum change la donne

Avec l’apparition d’Ethereum, il devient possible de créer des programmes informatiques stockés sur la blockchain, appelés smart contracts. Ils fonctionnent comme des serveurs, c’est-à-dire qu’ils attendent de recevoir des requêtes pour les traiter et renvoyer une réponse, exactement comme un serveur web, à la différence majeure qu’ils sont décentralisés et interopérables.

Cette technologie donne naissance à la finance décentralisée – DeFi pour Decentralized Finance en anglais, soit un système financier alternatif à l’industrie financière traditionnelle qui se construit principalement à partir de 2019.

Les grands principes de la DeFi

Les protocoles qui vont engendrer ces nouveaux usages reposent sur Ethereum, donc héritent de ses principes : transactions immuables, non censurables, dont l’utilisation se veut accessible au plus grand nombre et dont les informations sont visibles par tous.

Nous ne détaillerons pas ici tous les usages des smart contracts et de la finance décentralisée car un article entier serait nécessaire. Mais les plus communs sont :

Le trading sur les places de marché décentraliséesLa fourniture de liquiditésLe crédit sous plusieurs formes

Contrairement à la mode peu scrupuleuse des ICOs en 2017, il est devenu indispensable pour les équipes de travailler sur le projet en amont, de publier les smart contracts ainsi qu’une interface pour communiquer avec ces derniers, avant de voir le premier investisseur. Ces mécanismes permettent d’assainir le marché et de le rendre plus crédible.

Les précautions à prendre avec la DeFi

L’innovation technologique est évidente mais pas exempte de limitations. La principale concerne le manque de scalabilité de la blockchain Ethereum qui entraîne fréquemment des frais de transactions importants et donc empêche une adoption à grande échelle. Les prochaines mises à jour d’Ethereum, les protocoles de second niveau qui arrivent sur le marché, voire les blockchains concurrentes devraient néanmoins résoudre ces problèmes à plus ou moins long terme.

Autre précaution nécessaire : les mêmes personnes qui créaient des projets ICO sans beaucoup d’efforts pour les réaliser proposent aujourd’hui des copier/coller de projets DeFi, la plupart du temps sur la Binance Smart Chain, sans autre intérêt que de faire un profit à très brève échéance. Il est donc important de se renseigner sur l’historique du projet avant d’y investir.

La DeFi suivie de près par les banques et les régulateurs

L’arrivée de la DeFi vient bousculer le secteur bancaire :

Les produits proposés offrent souvent des performances bien supérieures à celles proposées par la finance traditionnelle. La DeFi s’affranchit de nombreuses contraintes administratives. Ici, nul besoin de documents justificatifs pour obtenir un prêt. Du moment que vous avez le collatéral nécessaire en crypto-actifs, vous pourrez emprunter.Les services proposés sont beaucoup plus flexibles. Par exemple, si vous prêtez de l’argent, vos intérêts sont calculés et versés en temps réel. Vous pouvez récupérer votre capital et les intérêts perçus à tout moment, sans conditions. Il existe une multitude de produits de rendement, tous ne sont pas aussi flexibles mais les conditions sont assez simples et clairement énoncées.

Bien entendu, chaque interaction avec ces services est payante. Mais bien souvent, tout ou partie des revenus générés sont distribués aux porteurs de l’actif soit directement, soit indirectement, par des mécanismes de destruction monétaire. On a ainsi un modèle qui est beaucoup plus proche du fonctionnement d’une entreprise, et dont l’analyse de la valorisation est plus concrète. De la même façon qu’un actionnariat d’entreprise, un nombre croissant de ces projets gère sa gouvernance via les porteurs de jetons, achevant ainsi la décentralisation de leur fonctionnement.

De telles sommes d’argent échangées en dehors de toute réglementation attirent bien entendu l’attention des régulateurs. Que ce soit aux États-Unis ou en Europe, ces derniers appellent régulièrement à la mise en place d’un cadre plus strict, notamment pour lutter contre le blanchiment d’argent ou le financement du terrorisme.

Depuis l’été 2021, la pression semble se faire plus forte. Derrière les protocoles décentralisés, les entités qui les représentent peuvent être sujettes aux régulations. Dernièrement, Uniswap Labs qui est derrière Uniswap, a retiré 129 cryptoactifs. Il s’agit essentiellement d’actifs synthétiques comme des actions tokenisées ou des produits dérivés.

Des lendemains prometteurs

Malgré les difficultés qu’elle doit surmonter, la DeFi s’impose comme une réalité technologique et son écosystème est aujourd’hui en pleine expansion. Sur les traces d’Ethereum viennent des projets intéressants comme Tezos ou Solana, avec une augmentation rapide du nombre d’applications disponibles. L’arrivée de ces concurrents est en partie due aux commissions sur Ethereum, mais vient témoigner du dynamisme du secteur et d’une demande croissante.

À l’été 2021, le montant des actifs sous gestion dans les protocoles DeFi atteignait 70 milliards de dollars, une multiplication par 10 sur un an. Et le potentiel est encore important. Nous verrons certainement dans les prochains mois si Ethereum relève ses défis avec sa nouvelle version, ou s’il se fera distancer par des blockchains concurrentes. Mais au regard des fonctionnalités et de la souplesse qu’elle procure, il est très probable que la finance décentralisée continue de croître à un rythme rapide et représente un pilier majeur de l’écosystème crypto pour les prochaines années.

_

Comments are closed.